La fausse déclaration en assurance construction : conséquences juridiques et sanctions

Face à l’augmentation des primes d’assurance dans le secteur de la construction, certains assurés peuvent être tentés de dissimuler des informations ou de faire de fausses déclarations pour obtenir des conditions plus avantageuses. Cette pratique, loin d’être anodine, constitue une fraude susceptible d’entraîner de lourdes sanctions. La fausse déclaration en matière d’assurance construction peut avoir des répercussions considérables tant pour l’assuré que pour les différentes parties impliquées dans un projet de construction. Qu’il s’agisse d’une omission volontaire ou d’une déclaration inexacte, les conséquences juridiques peuvent s’avérer particulièrement sévères, allant de la nullité du contrat jusqu’à des poursuites pénales.

Cadre juridique de la déclaration en assurance construction

Le droit des assurances repose fondamentalement sur un principe de bonne foi entre les parties contractantes. Cette exigence est particulièrement prégnante dans le domaine de la construction, où les risques financiers et techniques sont considérables. L’article L.113-2 du Code des assurances impose à l’assuré l’obligation de répondre exactement aux questions posées par l’assureur, notamment dans le formulaire de déclaration du risque lors de la conclusion du contrat.

Cette obligation de déclaration sincère se justifie par l’asymétrie d’information qui caractérise la relation entre l’assuré et l’assureur. En effet, l’assureur ne dispose généralement pas des moyens nécessaires pour vérifier l’exactitude de toutes les informations fournies par l’assuré. C’est pourquoi le législateur a prévu un dispositif de sanctions graduées en fonction du caractère intentionnel ou non de la fausse déclaration.

Dans le secteur spécifique de la construction, plusieurs textes renforcent cette obligation de transparence. La loi Spinetta du 4 janvier 1978 a instauré un régime d’assurance obligatoire qui s’articule autour de deux piliers: l’assurance de responsabilité décennale pour les constructeurs et l’assurance dommages-ouvrage pour les maîtres d’ouvrage. Ces deux types d’assurance sont soumis aux règles générales du Code des assurances concernant l’obligation de déclaration exacte des risques.

Le constructeur, qu’il soit architecte, entrepreneur ou technicien, doit déclarer avec précision la nature des travaux qu’il réalise, son chiffre d’affaires, ses qualifications professionnelles, ses antécédents en matière de sinistres, ou encore les techniques particulières qu’il utilise. De même, le maître d’ouvrage doit fournir des informations exactes sur la nature du sol, l’environnement du chantier, ou les caractéristiques techniques de l’ouvrage projeté.

La jurisprudence a progressivement précisé les contours de cette obligation de déclaration. Ainsi, la Cour de cassation a établi que l’obligation de déclaration ne porte que sur les éléments connus de l’assuré au moment de la souscription du contrat (Cass. civ. 1re, 7 juin 2001, n° 98-21.477). Toutefois, elle a également considéré que l’assuré ne pouvait ignorer certaines informations essentielles relatives à son activité professionnelle ou à l’état du bien à assurer.

Les tribunaux apprécient la sincérité de la déclaration en fonction des circonstances de l’espèce, de la qualité de l’assuré (professionnel ou non) et de la précision des questions posées par l’assureur dans le formulaire de déclaration des risques. Cette approche casuistique permet d’adapter les sanctions à la gravité de la faute commise par l’assuré.

Typologie des fausses déclarations en assurance construction

Les fausses déclarations en matière d’assurance construction peuvent prendre diverses formes, chacune pouvant entraîner des conséquences juridiques spécifiques. Il convient de distinguer plusieurs catégories de déclarations inexactes ou incomplètes, selon leur nature et leur intentionnalité.

Les déclarations inexactes sur l’activité professionnelle

Une première catégorie concerne les informations relatives à l’activité professionnelle du constructeur. Certains professionnels peuvent être tentés de minimiser l’étendue de leurs activités ou de dissimuler certaines pratiques considérées comme risquées par les assureurs. Par exemple, un entrepreneur peut déclarer ne réaliser que des travaux de rénovation légère alors qu’il intervient également sur des structures porteuses, activité plus risquée et généralement plus coûteuse à assurer.

La jurisprudence sanctionne sévèrement ce type de fausse déclaration. Dans un arrêt du 10 janvier 2017 (n° 15-25.262), la Cour de cassation a confirmé la nullité d’un contrat d’assurance décennale souscrit par un entrepreneur qui avait omis de déclarer qu’il réalisait des travaux de construction neuve, se limitant à mentionner des activités de rénovation.

Les omissions relatives aux antécédents de sinistres

Une deuxième catégorie fréquente concerne la dissimulation d’antécédents de sinistres. Les constructeurs ayant connu des sinistres importants peuvent être tentés de ne pas les mentionner afin d’éviter une surprime ou un refus d’assurance. Cette pratique est particulièrement problématique car elle prive l’assureur d’une information essentielle pour évaluer correctement le risque.

La chambre criminelle de la Cour de cassation a eu l’occasion de se prononcer sur ce type de fausse déclaration dans un arrêt du 5 septembre 2018 (n° 17-84.980), condamnant un architecte qui avait dissimulé plusieurs procédures en cours concernant des malfaçons sur ses précédentes réalisations.

Les déclarations trompeuses sur les caractéristiques de l’ouvrage

Une troisième catégorie concerne les informations relatives aux caractéristiques techniques de l’ouvrage. Le maître d’ouvrage peut minimiser certains risques liés à la nature du sol, à l’environnement du chantier ou aux particularités architecturales du projet. De même, le constructeur peut omettre de signaler l’utilisation de techniques non courantes ou de matériaux innovants qui présentent des risques spécifiques.

  • Dissimulation de la présence d’un sol instable ou pollué
  • Omission de mentionner la proximité d’un cours d’eau ou d’une zone inondable
  • Non-déclaration de l’utilisation de procédés constructifs non traditionnels
  • Minimisation de la complexité architecturale de l’ouvrage
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Ces fausses déclarations sont particulièrement graves car elles peuvent compromettre la sécurité même de l’ouvrage. Dans une décision du 28 mars 2019 (n° 18-13.416), la troisième chambre civile de la Cour de cassation a validé l’annulation d’un contrat d’assurance dommages-ouvrage en raison de la non-déclaration par le maître d’ouvrage de l’existence d’une ancienne carrière sous le terrain à bâtir.

La distinction entre fausse déclaration intentionnelle et non intentionnelle est fondamentale en matière de sanctions. Les tribunaux s’attachent à déterminer si l’assuré avait conscience de l’inexactitude de sa déclaration et s’il avait l’intention de tromper l’assureur. Cette analyse prend en compte la qualité de l’assuré, sa compétence professionnelle, ainsi que la précision et la clarté des questions posées par l’assureur.

Sanctions civiles des fausses déclarations

Les sanctions civiles applicables en cas de fausse déclaration varient selon la nature et la gravité de l’inexactitude constatée. Le Code des assurances prévoit un régime différencié selon que la fausse déclaration est intentionnelle ou non intentionnelle.

La nullité du contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle

L’article L.113-8 du Code des assurances dispose que le contrat d’assurance est nul en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle de la part de l’assuré, lorsque cette réticence ou cette fausse déclaration change l’objet du risque ou en diminue l’opinion pour l’assureur. Cette sanction est particulièrement sévère puisqu’elle entraîne l’anéantissement rétroactif du contrat.

En pratique, cela signifie que l’assureur peut refuser sa garantie en cas de sinistre, même si celui-ci n’a aucun rapport avec la fausse déclaration. De plus, l’assureur conserve les primes déjà versées et peut exiger le paiement des primes échues à titre de dommages et intérêts.

Pour que cette nullité soit prononcée, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • L’intentionnalité de la fausse déclaration doit être prouvée par l’assureur
  • La fausse déclaration doit porter sur un élément susceptible d’influencer l’appréciation du risque par l’assureur
  • L’assureur doit démontrer un lien de causalité entre la fausse déclaration et son consentement

Dans le domaine de la construction, cette sanction peut avoir des conséquences dramatiques. Un entrepreneur dont l’assurance décennale est annulée se retrouve en infraction avec l’obligation légale d’assurance et peut voir sa responsabilité personnelle engagée pour l’intégralité des dommages affectant l’ouvrage. De même, un maître d’ouvrage privé de son assurance dommages-ouvrage devra financer lui-même les réparations nécessaires en cas de sinistre.

La réduction proportionnelle d’indemnité en cas de fausse déclaration non intentionnelle

L’article L.113-9 du Code des assurances prévoit une sanction moins sévère lorsque la fausse déclaration n’est pas intentionnelle. Dans cette hypothèse, si l’omission ou la déclaration inexacte est constatée avant tout sinistre, l’assureur a le choix entre maintenir le contrat moyennant une augmentation de prime acceptée par l’assuré, ou résilier le contrat avec un préavis de dix jours.

Si la constatation n’a lieu qu’après un sinistre, l’indemnité due par l’assureur est réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues si les risques avaient été complètement et exactement déclarés. Cette règle dite de « réduction proportionnelle d’indemnité » (RPI) permet à l’assureur de rétablir l’équilibre contractuel qui aurait dû exister.

La Cour de cassation a précisé les modalités d’application de cette règle dans plusieurs arrêts. Elle a notamment indiqué que la réduction devait être calculée en fonction du rapport entre la prime effectivement payée et celle qui aurait dû être payée si le risque avait été correctement déclaré (Cass. civ. 2e, 22 janvier 2015, n° 14-10.723).

Dans le secteur de la construction, cette réduction peut représenter des sommes considérables compte tenu du coût potentiellement élevé des sinistres. Un entrepreneur ayant omis de déclarer certaines activités à risque pourrait ainsi voir l’indemnisation d’un sinistre décennal réduite de manière significative, le laissant exposé financièrement pour la différence.

Les recours des tiers victimes face aux sanctions civiles

La situation des tiers victimes mérite une attention particulière dans le contexte des sanctions civiles pour fausse déclaration. En effet, le propriétaire d’un ouvrage affecté par des désordres de construction pourrait se retrouver privé d’indemnisation si l’assurance du constructeur responsable est annulée pour fausse déclaration.

Conscient de cette difficulté, le législateur a prévu des mécanismes de protection des tiers victimes, notamment à travers le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO) qui peut intervenir en cas de défaut d’assurance. Toutefois, cette intervention est limitée et soumise à des conditions strictes.

La jurisprudence a également développé des solutions protectrices. Ainsi, la Cour de cassation a jugé que la nullité du contrat d’assurance pour fausse déclaration intentionnelle n’était pas opposable aux tiers victimes dans le cadre des assurances obligatoires de responsabilité (Cass. civ. 3e, 29 mars 2018, n° 17-16.986). Cette solution, inspirée par un souci de protection des victimes, limite les effets de la nullité aux rapports entre l’assureur et l’assuré.

Sanctions pénales et disciplinaires

Au-delà des sanctions civiles, la fausse déclaration en assurance construction peut entraîner des conséquences pénales et disciplinaires significatives. Ces sanctions viennent compléter l’arsenal juridique visant à garantir la sincérité des déclarations dans ce secteur où les enjeux financiers et sécuritaires sont considérables.

La qualification pénale de la fausse déclaration

Sur le plan pénal, la fausse déclaration intentionnelle peut être qualifiée d’escroquerie au sens de l’article 313-1 du Code pénal. Cette infraction est constituée lorsque l’assuré utilise un nom ou une qualité supposée, abuse d’une qualité vraie, ou emploie des manœuvres frauduleuses pour tromper l’assureur et l’amener à consentir un contrat ou à verser des indemnités indues.

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L’escroquerie est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. Ces peines peuvent être aggravées lorsque l’escroquerie est commise en bande organisée ou par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public.

La jurisprudence fournit plusieurs exemples de condamnations pénales pour fausse déclaration en matière d’assurance construction. Dans un arrêt du 15 novembre 2017 (n° 16-84.226), la chambre criminelle de la Cour de cassation a confirmé la condamnation d’un entrepreneur qui avait délibérément minoré son chiffre d’affaires et dissimulé certaines activités à risque pour obtenir une prime d’assurance décennale plus avantageuse.

La qualification pénale peut également relever de la tentative d’escroquerie lorsque la fausse déclaration est découverte avant tout versement d’indemnité. Dans ce cas, les peines encourues sont identiques à celles prévues pour l’infraction consommée.

Sanctions disciplinaires pour les professionnels de la construction

Les professionnels de la construction sont soumis à des règles déontologiques strictes dont la violation peut entraîner des sanctions disciplinaires. Ces sanctions sont prononcées par les instances ordinales ou professionnelles compétentes, comme l’Ordre des architectes ou les organismes de qualification professionnelle.

Pour un architecte, la fausse déclaration en matière d’assurance peut constituer un manquement à l’honneur et à la probité, susceptible d’entraîner des sanctions allant de l’avertissement à la radiation du tableau de l’Ordre. La chambre nationale de discipline de l’Ordre des architectes a ainsi prononcé plusieurs sanctions à l’encontre de professionnels ayant fait de fausses déclarations pour obtenir ou conserver leur assurance professionnelle.

De même, les entrepreneurs titulaires d’une qualification professionnelle (comme les qualifications Qualibat ou Qualifelec) peuvent se voir retirer cette qualification en cas de fausse déclaration avérée. Cette sanction peut avoir des conséquences économiques graves, car de nombreux maîtres d’ouvrage exigent ces qualifications pour attribuer leurs marchés.

Les bureaux d’études techniques et les contrôleurs techniques sont également soumis à des règles déontologiques strictes. La fausse déclaration peut entraîner pour ces professionnels la suspension ou le retrait de leur agrément, les empêchant ainsi d’exercer leur activité.

Conséquences sur l’exercice professionnel

Au-delà des sanctions formelles, la fausse déclaration en assurance construction peut avoir des répercussions durables sur l’exercice professionnel. Un constructeur condamné pour fausse déclaration peut rencontrer d’importantes difficultés pour s’assurer à nouveau, les assureurs étant particulièrement vigilants à l’égard des antécédents de fraude.

Cette situation peut conduire à une véritable exclusion du marché, puisque l’absence d’assurance rend impossible l’exercice légal de nombreuses activités de construction. L’article L.241-1 du Code des assurances impose en effet une obligation d’assurance de responsabilité décennale à toute personne dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement de la présomption établie par les articles 1792 et suivants du Code civil.

Par ailleurs, la réputation professionnelle du constructeur condamné pour fausse déclaration peut être durablement affectée. Dans un secteur où la confiance est primordiale, une telle condamnation peut entraîner une perte de clientèle significative et compromettre les relations avec les partenaires commerciaux et financiers.

Enfin, certaines sanctions pénales peuvent s’accompagner de peines complémentaires particulièrement contraignantes pour l’exercice professionnel, comme l’interdiction d’exercer une activité professionnelle ou sociale en lien avec l’infraction commise, ou l’exclusion des marchés publics.

Stratégies de prévention et bonnes pratiques

Face aux risques juridiques liés aux fausses déclarations en assurance construction, il est fondamental de développer des stratégies de prévention efficaces. Ces bonnes pratiques concernent tant les assurés que les assureurs et visent à garantir la transparence et la sécurité juridique des relations contractuelles.

Conseils aux professionnels de la construction

Pour les professionnels de la construction, la première recommandation est d’adopter une démarche de transparence totale lors de la souscription ou du renouvellement d’un contrat d’assurance. Cette transparence implique de déclarer avec précision :

  • L’étendue exacte des activités exercées, y compris les activités occasionnelles
  • Le chiffre d’affaires réel, réparti par type d’activité
  • Les antécédents de sinistres, même mineurs
  • Les techniques particulières ou non courantes utilisées
  • Les qualifications professionnelles détenues et leur date d’obtention

Il est recommandé de conserver une trace écrite de toutes les déclarations effectuées auprès de l’assureur, ainsi que des questions posées par ce dernier. Cette précaution peut s’avérer précieuse en cas de contestation ultérieure sur le contenu de la déclaration initiale.

Les professionnels doivent également être particulièrement vigilants lors du remplissage des questionnaires de déclaration de risques. Ces documents, souvent techniques et détaillés, méritent une attention particulière. En cas de doute sur la portée d’une question, il est préférable de demander des éclaircissements à l’assureur plutôt que de risquer une déclaration inexacte.

La mise en place d’un suivi régulier de l’évolution des activités et des risques constitue une autre bonne pratique. Tout changement significatif dans l’activité (nouveau domaine d’intervention, augmentation substantielle du chiffre d’affaires, utilisation de nouvelles techniques) doit être signalé à l’assureur en cours de contrat, conformément à l’obligation prévue par l’article L.113-2 du Code des assurances.

Rôle des intermédiaires d’assurance et des conseils

Les intermédiaires d’assurance (courtiers, agents généraux) et les conseils juridiques (avocats, juristes d’entreprise) ont un rôle déterminant dans la prévention des fausses déclarations. Leur devoir de conseil implique d’attirer l’attention de l’assuré sur l’importance de la sincérité des déclarations et sur les risques encourus en cas de fausse déclaration.

Le courtier en assurance doit notamment :

  • Expliquer clairement à son client les questions posées dans le formulaire de déclaration des risques
  • L’aider à identifier les informations pertinentes à communiquer à l’assureur
  • Vérifier la cohérence des déclarations avec les informations dont il dispose sur l’activité de son client
  • Conserver la trace des échanges et des conseils donnés
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La jurisprudence reconnaît d’ailleurs la responsabilité de l’intermédiaire qui n’aurait pas correctement conseillé son client sur ses obligations déclaratives. Dans un arrêt du 7 février 2019 (n° 17-10.261), la deuxième chambre civile de la Cour de cassation a confirmé la condamnation d’un courtier qui n’avait pas alerté son client, un entrepreneur en bâtiment, sur l’importance de déclarer précisément l’ensemble de ses activités.

Les conseils juridiques peuvent quant à eux accompagner les professionnels dans l’analyse des contrats d’assurance et dans la compréhension de leurs obligations déclaratives. Ils peuvent également intervenir en amont pour former les équipes aux bonnes pratiques en matière d’assurance construction.

Évolutions technologiques et transparence

Les évolutions technologiques offrent de nouvelles perspectives pour améliorer la transparence et la fiabilité des déclarations en assurance construction. Les solutions digitales permettent notamment :

La dématérialisation des processus de déclaration facilite la collecte et la vérification des informations. Les plateformes en ligne peuvent intégrer des contrôles automatiques de cohérence et des alertes en cas d’informations potentiellement inexactes.

L’utilisation de bases de données partagées entre assureurs, dans le respect des règles de protection des données personnelles, peut contribuer à limiter les risques de fausse déclaration en permettant une vérification croisée des antécédents de sinistres.

Les technologies de blockchain commencent à être explorées dans le secteur de l’assurance pour sécuriser et certifier les déclarations. Cette technologie pourrait, à terme, garantir l’intégrité et la traçabilité des informations échangées entre assurés et assureurs.

Les outils de data analytics permettent aux assureurs de détecter plus efficacement les incohérences dans les déclarations et d’identifier les profils à risque. Ces analyses peuvent conduire à des contrôles plus ciblés et plus pertinents.

Ces innovations technologiques, si elles sont correctement encadrées et respectueuses des droits des assurés, peuvent contribuer significativement à la prévention des fausses déclarations tout en simplifiant les démarches administratives pour les professionnels de bonne foi.

Perspectives d’évolution du cadre juridique

Le cadre juridique relatif aux fausses déclarations en assurance construction n’est pas figé et connaît des évolutions significatives sous l’influence de différents facteurs : jurisprudence, réformes législatives, transformations du marché de l’assurance et évolutions techniques dans le secteur de la construction.

Tendances jurisprudentielles récentes

L’analyse des décisions récentes des juridictions françaises permet d’identifier plusieurs tendances jurisprudentielles qui dessinent les contours futurs du traitement des fausses déclarations.

On observe tout d’abord un renforcement de l’exigence de précision dans les questionnaires soumis par les assureurs. La Cour de cassation tend à considérer qu’une question ambiguë ou trop générale ne peut justifier l’application des sanctions prévues en cas de fausse déclaration. Dans un arrêt du 19 septembre 2019 (n° 18-19.459), la deuxième chambre civile a ainsi rejeté la demande de nullité formulée par un assureur au motif que la question relative aux antécédents de sinistres n’était pas suffisamment précise.

Par ailleurs, les juges semblent adopter une approche plus nuancée concernant l’intentionnalité de la fausse déclaration. Si l’intention frauduleuse reste nécessaire pour prononcer la nullité du contrat sur le fondement de l’article L.113-8 du Code des assurances, son appréciation tient davantage compte du niveau d’expertise de l’assuré et de la complexité des informations demandées.

On note également une protection accrue des tiers victimes face aux conséquences des fausses déclarations. La jurisprudence tend à limiter l’opposabilité des sanctions aux seuls rapports entre l’assureur et l’assuré, préservant ainsi les droits des victimes, particulièrement dans le cadre des assurances obligatoires.

Enfin, les tribunaux accordent une importance croissante au devoir de conseil des intermédiaires d’assurance. La responsabilité du courtier ou de l’agent général peut être engagée s’il n’a pas correctement guidé son client dans ses déclarations, créant ainsi un contrepoids aux sanctions encourues par l’assuré.

Réformes législatives envisageables

Plusieurs pistes de réformes législatives pourraient être envisagées pour moderniser le régime des fausses déclarations en assurance construction.

Une première piste consisterait à harmoniser les régimes de sanctions entre les différentes branches de l’assurance. Actuellement, certaines dispositions spécifiques s’appliquent à l’assurance vie ou à l’assurance maladie, mais pas à l’assurance construction. Une approche plus cohérente pourrait renforcer la sécurité juridique.

Une deuxième piste concernerait l’encadrement plus strict des questionnaires de déclaration de risques. Le législateur pourrait imposer aux assureurs l’utilisation de questionnaires standardisés, précis et adaptés aux spécificités du secteur de la construction, limitant ainsi les risques de malentendu ou d’interprétation divergente.

Une troisième piste viserait à renforcer la protection des tiers victimes en consacrant législativement le principe de non-opposabilité des sanctions pour fausse déclaration, actuellement issu de la jurisprudence. Cette réforme sécuriserait la situation des maîtres d’ouvrage et des acquéreurs face aux conséquences des fausses déclarations commises par les constructeurs.

Enfin, l’introduction d’un mécanisme de régularisation volontaire pourrait être envisagée. Ce dispositif permettrait à un assuré de rectifier spontanément une déclaration inexacte avant tout sinistre, moyennant une pénalité financière modérée, évitant ainsi la sanction plus sévère de la nullité du contrat.

Impact des transformations du secteur de la construction

Les transformations profondes que connaît le secteur de la construction ont un impact significatif sur la problématique des fausses déclarations en assurance.

L’émergence de nouvelles techniques constructives (construction modulaire, impression 3D, matériaux biosourcés) complexifie l’évaluation des risques par les assureurs et peut créer des zones d’incertitude dans les déclarations. Les professionnels peuvent avoir des difficultés à qualifier précisément leurs activités lorsqu’ils utilisent ces techniques innovantes.

De même, la transition énergétique dans le bâtiment génère de nouveaux risques liés à l’installation d’équipements spécifiques (panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur) ou à la mise en œuvre de solutions d’isolation performantes. Ces évolutions techniques peuvent conduire à des déclarations inexactes si les questionnaires d’assurance ne sont pas adaptés à ces nouvelles réalités.

La fragmentation de la chaîne de valeur dans la construction, avec la multiplication des intervenants et des sous-traitants, rend plus complexe l’identification précise des responsabilités et des périmètres d’intervention. Cette complexité accroît le risque de déclarations incomplètes ou inexactes concernant le rôle exact de chaque intervenant.

Enfin, l’internationalisation des acteurs de la construction soulève des questions spécifiques concernant l’application des règles relatives aux fausses déclarations dans un contexte transfrontalier. Les différences de régimes juridiques entre pays peuvent créer des incertitudes quant aux obligations déclaratives et aux sanctions applicables.

Face à ces transformations, une évolution du cadre juridique apparaît nécessaire pour maintenir un équilibre entre la protection légitime des assureurs contre les fraudes et la sécurité juridique des professionnels de la construction qui évoluent dans un environnement technique et réglementaire de plus en plus complexe.